Commençons tout d’abord par la suite de réactions de membres du PS. Même s’il est aisé de comprendre leur peine, pas un mot sur la victime ne fut prononcé. La présomption d’innocence concernant Dominique Strauss-Kahn fut légitimement érigée par les uns et les autres mais présumer que la victime disait peut-être la vérité ne fut pas envisagé. Seules quelques voix politiques s’élevèrent comme celle de François Hollande, Jean-Luc Mélenchon ou François Bayrou.
Puis le déferlement de clichés sexistes, tel que "la femme de chambre était peut-être aguicheuse" fit l’ouverture du bal des hypocrites.
Mais il n’y avait pas eu de plainte, alors chacun de nous préférait mettre ces informations sous le tapis complice et complaisant de la sphère privée.
Tout comme certains l’avaient déjà fait avec François Mitterrand.
L’Omerta serait-elle une tradition française ?
Au regard de la presse étrangère, cela le serait.
Aurait-on gardé dans notre cher pays démocratique, un esprit monarchique où le droit de cuissage serait courant dans le milieu politique ? Et plus généralement dans le monde du travail ?
Certains commencent à le dire.
Même si nous espérons pour l’image de la France que DSK soit innocent, notre propos n’est pas de nous interroger sur sa culpabilité ou son innocence mais de dénoncer ce que cette affaire a révélé. Prenons les propos de Jacques Lang, affirmant "qu’il n’y a pas mort d’homme", la réaction de BHL qui se dit choqué par le fait que DSK ait été traité comme tout le monde ! Et pour finir le "troussage de domestiques" de Jean-François Kahn, phrase d’un autre temps qui nous ramène aux pièces de Molière et aux soubrettes dont on pouvait abuser sans vergogne.
Un journaliste qui confond badinage amoureux et viol et dont le mépris pour les classes populaires est manifeste.
Faudrait-il une justice à deux vitesses, l’une pour les riches et l’autre pour les pauvres ? Le fait que cette jeune-femme soit de faible condition amoindrirait-il le crime présumé ?
Comment ces deux hommes qui ont milité à nos cotés pour le droit des femmes et contre la lapidation de Sakineh tiennent de tels propos aujourd’hui, sous prétexte qu’il s’agit d’un ami proche ?
Il est heureux de penser qu’aux Etats-Unis, les citoyens sont égaux devant la loi, qu’ils sont blancs ou noirs, riches ou pauvres.
Ce que nous espérons c’est que les propos sexistes de ces derniers jours n’inciteront pas les victimes de harcèlement ou de viol à se taire davantage.
Parce qu’il est difficile aujourd’hui pour une femme harcelée ou violée de trouver le courage de porter plainte sans être accusée d’avoir un peu provoqué l’agresseur par une tenue « aguicheuse » ou un comportement "léger" ? Et que ce genre de réactions n’aide en rien notre travail d’écoute et d’accompagnement des victimes.
Si l’on dénie à la victime toute présomption d’innocence, à quoi servent alors nos associations féministes, nos campagnes contre les violences faites aux femmes le 25 novembre, notre journée du 8 mars et nos modules de prévention auprès des collégiens de quartier difficiles ? Serions-nous de simples outils politiques de bonne conscience que l’on ressort à des dates anniversaires, lors des campagnes présidentielles ou lorsque de l’autre côté de la Méditerranée le droit des femmes est menacé ?
Quel exemple peut-on donner à ces adolescents à qui l’on répète que le viol est un crime si nos élus et nos philosophes réagissent ainsi sans réfléchir à la portée de leurs propos ?
Ce que nous espérons c’est que cette affaire permettra d’ouvrir un véritable débat sur le sexisme qui règne en France et qu’elle aura un caractère dissuasif afin que les hommes de pouvoir comprennent enfin qu’il y a une limite à ne pas franchir entre séduction et harcèlement, pouvoir et abus de pouvoir.
Olivia Cattan, Présidente de Paroles de femmes
Fadila Mehal, Mariannes de la diversité


