Une nouvelle plainte contre X a été déposée mardi au Parquet de Paris dans le sillage de l’affaire du «Roi» de la RATP, l’ex-syndicaliste de l’Unsa-commercial, Gwenaël Eslan, mis en cause depuis l’été. Il ne s’agit pas cette fois d’allégations de harcèlement sexuel ou moral mais d’un présumé «détournement de fonds publics» dont «le préjudice total pourrait s’élever à près de 450 000€» et pour lequel «la Régie a fermé les yeux», affirme Olivier Cots, secrétaire général de Sud-Ratp, dont le syndicat a initié la procédure sur dénonciation d’anciens collaborateurs de M.
Eslan. Le tout se passe, explique-t-il, sur fond de changement de législation syndicale et dans un contexte où la section Unsa-Commercial, que dirigeait M. Eslan, était désaffiliée puis dissoute. «Ils ont joué sur cette période de flottement», estime M. Cots.
Ce présumé détournement porte sur des «chèques d’heures de relève» - un genre de bons permettant à un représentant syndical de ne pas travailler tout en étant payé pour assurer son action auprès des salariés. «Mr Eslan et quelque vingt autres personnes, qui n’y avaient plus droit, ont utilisé les heures d’un syndicat non représentatif, appelé la Fédération des indépendants, qui n’avait pas le droit non plus d’en bénéficier», explique M. Cots, qui affirme disposer «de preuves écrites sur une période allant de décembre 2010 à février 2011 pour quelque 20 000 €». «Ces heures de relève ont été détournées de leur finalité par le biais de jeux d’écriture comptable illicites qui ont bénéficié à M. Eslan et à son staff. Or, cela supposait l’aval d’un ou deux puissants de la RATP !», assène l’avocat de Sud, Me Philippe Verdier.
Le 30 août, Sud-Ratp avait déposé une première plainte pour «abus de confiance» à l’encontre d’un ancien trésorier du comité d’établissement, dont plusieurs documents internes montraient qu’il s’était fait «rembourser» indûment 46 000€. C’est par la suite que ces détournement sur les heures de relève ont été dénoncés par d’anciens collaborateurs de M. Eslan. «Nous souhaitions mettre un terme à tout ce système de magouille, qui a été couvert par le directeur du département SEM (les agents de stations, ndlr), accuse Mourad Ghazli, du SAT-Ratp (ex-Unsa). «Nous avons demandé au PDG Pierre Mongin le départ et le remplacement de ce responsable», poursuit-il, affirmant que «la feuille de pointage de M. Eslan fait apparaître par exemple, qu’il a bénéficié de ces relèves durant tout le mois de janvier y compris des samedi et dimanche.»
Interrogée, la direction de la RATP dit «n’avoir pas eu connaissance de cette plainte contre X». «Il appartiendra à la police d’enquêter et à la justice de trancher», dit-elle. Elle explique en outre qu’un nouvel accord syndical, entré en vigueur le 1er mars dernier, «précise notamment l’articulation des moyens légaux et conventionnels (dont ces heures de relève, ndlr) mis à disposition des partenaires sociaux selon des règles mieux définies.»
«Mon client a a utilisé ces heures jusqu’à février 2011 en toute transparence vis à vis de la direction de la RATP, a réagi Me Richard Forget, l’avocat de Gwenael Eslan. Nous avons les preuves. Quand le réglement a changé, il a arrêté. Ses anciens collègues qui ont également utilisé ces heures occupent encore aujourd’hui des fonctions au sein de l’UNSA-RATP», ajoute l’avocat.



