Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /2009 09:05

La police a fait un bon travail sur les violences, viols et homicides. En revanche on ne doit pas qualifier de petit délit ou de ne pas poursuivre les dits petits délits.
Se faire voler sa voiture, sa moto et se faire cambrioler n'a rien de petit ou de banal.

L'Observatoire national de la délinquance révèle les forces et les faiblesses de l'activité du ministère de l'Intérieur.

Jean-Marc Leclerc

«Près de 1,2 million de personnes ont été mises en cause pour crimes et délits en 2008.» En cinq ans, ce nombre s'est même accru de plus de 22 %. L'Observatoire national de la délinquance (OND), présidé par Alain Bauer, publie mardi une étude sur la performance policière qui explique comment la police et la gendarmerie en sont venues à réclamer des comptes à plus de 200 000 suspects supplémentaires depuis 2003. Selon ces experts, l'efficacité des services doit être analysée délit par délit. Voici leurs conclusions :

• Le petit délinquant s'en sort huit fois sur dix. Le vandale, le cambrioleur, le voleur de voiture ou de scooter échappent à la police dans plus de 80 % des cas. Mais la police élucide 77 % des coups et blessures volontaires, 81 % des viols sur mineur, 88 % des homicides. «Les services obtiennent d'autant plus de résultats que les faits déclarés sont graves», explique Christophe Soullez, chef des études à l'OND. «Il est vrai, ajoute-t-il, que la plainte contre X, généralement déposée pour vol, est forcément plus difficile à instruire que celle visant un acte de violence, notamment intrafamilial, où l'auteur est connu de sa victime».

• Les élucidations de vols et de cambriolages sont stables. Le constat pourra surprendre : avec 330 000 cas résolus par an en moyenne, le nombre de faits élucidés d'atteintes aux biens (vols, cambriolages, destruction et dégradation) n'a pas varié depuis cinq ans, révèle l'OND. Certes, le «taux d'élucidation» (rapport entre les faits élucidés et les faits constatés) est passé de 11,5 % à 14,9 %. Mais cette augmentation est essentiellement due à la baisse annuelle du nombre des infractions. Une tendance qui se vérifie partout en Europe. «Elle tient moins à l'activité de police qu'à la hausse de la sécurité passive (alarmes, codes, antivols) et des franchises d'assurance qui dissuadent de porter plainte», rappelle le sociologue Sebastian Roché.

• L'accent mis sur la lutte contre les agressions. Concernant les violences, la réponse policière a été à la mesure des enjeux : «En 2008, 237 156 personnes ont été mises en cause pour violences ou menaces, dont plus de 150 000 pour coups et blessures volontaires, près de 40 700 pour menaces et un peu moins de 15 000 pour violences sexuelles», indique Cyril Rizk, le responsable des statistiques à l'OND. À une hausse de 27 % des agressions en cinq ans, la police et la gendarmerie ont donc répliqué par une hausse des mises en cause de 36 %. Preuve de l'implication des services.

• Un tiers des suspects sont toxicomanes ou clandestins. Selon l'OND, l'an dernier, «près d'un mis en cause sur trois (soit 386 378 personnes), l'a été pour une infraction révélée par l'action des services». La lutte contre les stupéfiants et l'immigration clandestine sont ainsi la principale cause de «poursuite» policière. Or, «pour ces infractions, la constatation et l'élucidation coïncident», puisque l'affaire se solde systématiquement par l'interpellation en flagrant délit de l'auteur. Plus les autorités en réalisent, plus l'indicateur de performance des services grimpe. Et il a considérablement augmenté en cinq ans (+ 35 % de faits élucidés).

• Les escroqueries sur Internet difficiles à démasquer. Les infractions économiques et financières restent le point noir de ce bilan : leur taux d'élucidation est passé de près de 57 % à 51 % en cinq ans. La cause de cette contre-performance ? «La baisse du nombre de faits d'usages et falsifications de chèques volés», explique, entre autres, l'OND. Selon ses experts, la police peut élucider en moyenne neuf affaires par suspect mis en cause dans les affaires de chéquier volé. Mais l'escroc d'Internet a désormais supplanté l'as de la fraude au chéquier. Difficile à appréhender et capable de faire d'innombrables victimes, le cyberdélinquant est devenu un véritable saboteur de la performance policière.

Par Mourad Ghazli
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