


MAIS à quoi sert donc le G8 ? A force de promesses oubliées et d'engagements ajournés, de déclarations mécaniques et de congratulations automatiques, le club des dirigeants des huit pays les plus industrialisés est devenu une caricature. Le temps d'un show médiatisé, présidents et chefs de gouvernement s'inquiètent, exhortent, recommandent, se félicitent, font trois petits tours et puis s'en vont. Ils jouent aux maîtres du monde. Mais sans tête ni jambe, ce pseudo-directoire mondial n'est qu'une illusion de puissance. Grande victoire du trente-quatrième sommet, à Toyako : un engagement à réduire les émission de gaz à effet de serre «de moitié d'ici 2050». Un pas de géant pour éviter le chaos climatique, nous dit-on. L'an dernier, en Allemagne, le G8 s'était contenté d'«envisager sérieusement» l'inflexion. Un vrai progrès, nous assure Nicolas Sarkozy. Le président américain George Bush a accepté une «perspective chiffrée». La belle affaire... Dans cet océan d'autosatisfaction, qui osera rappeler que le prix Nobel de la paix 2007 estime qu'il reste sept années - et non 42 - pour inverser la courbe des émissions, sauf à mettre la planète «gravement en danger» ? Et qui contrera les Etats-Unis pour avoir rayé de l'accord final toute allusion à un objectif de moyen terme et à d'éventuelles mesures contraignantes ? Dans ces conditions, la Chine, l'Inde et le Brésil ont beau jeu de refuser les négociations tant que leurs partenaires resteront abonnés aux voeux pieux. Le G8 souffre d'un déficit de crédibilité aigu. Pour la vision, mieux vaut consulter madame Irma. L'an dernier, les pays riches voyaient l'économie mondiale «en bonne condition». Depuis, le krach immobilier américain a provoqué la plus grave débâcle financière de l'après-guerre. S'y sont ajoutés une crise alimentaire sans précédent et un choc pétrolier. Pour la parole tenue, mieux vaut se fier à un arracheur de dents. En 2005, le G8 avait déclaré vouloir faire de la pauvreté une «relique de l'histoire» et s'était engagé à doubler son aide aux pays pauvres d'ici à 2010. Il n'a même pas accompli la moitié du chemin. Au grand dam des Etats africains. Au final, moins d'emphase, moins d'ambitions et plus de résultats ne nuiraient pas. Sauf à laisser croire que la planète est sans pilote.
Rémi GODEAU
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