Jeudi 3 juillet 2008


Comme attendu par le marché, à l'issue de son conseil des gouverneurs, la BCE a annoncé le relèvement d'un quart de point de ses taux directeurs à 4,25%.

 La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs d'un quart de point. Le taux de refinancement passe ainsi de 4% à 4,25%, celui de la facilité de dépôt de 3% à 3,25%. Le taux de la facilité de prêt marginal passe de 5% à 5,25%. Il s'agit du premier relèvement depuis le 6 juin 2007, date à laquelle le taux de refinancement avait été porté de 3,75% à 4%.

Ceci a lieu alors que l'inflation se fait galopante. L'inflation est en effet ressortie en juin à 4% dans la zone euro, alors même que les prix des matières premières explosent. Le Brent de la mer du Nord a franchi un niveau inédit aujourd'hui à 146,34 dollars le baril.

Les opérateurs attendent la conférence de presse du président de la BCE, qui se déroule à partir de 14h30 (heure à Paris), pour se faire une idée de la politique menée par la BCE dans les prochains mois


Désormais, c'est la stratégie même de la BCE qui se trouve discutée au sein d'une Europe de plus en plus perplexe. Depuis que la crise a éclaté, l'union sacrée pour la défendre contre vents et marées s'est fissurée. Longtemps suspecté de passer ses nerfs sur elle et sur Jean-Claude Trichet pour minimiser les propres défaillances économiques de la France, Nicolas Sarkozy, horripilé par le dogmatisme de Francfort, n'est plus isolé. Partout en Europe, y compris en Allemagne, bastion des défenseurs de la Banque centrale, l'incompréhension gagne. Et pour cause. Alors que la situation économique se dégrade, cette nouvelle hausse des taux risque de saper le peu de croissance à venir, sans pour autant endiguer l'inflation. En France comme ailleurs, où le moral des ménages et des chefs d'entreprise est au plus bas, où l'immobilier flanche et où les banques restreignent le crédit, ce tour de vis supplémentaire inquiète, et on le comprend. Sans compter ses effets sur l'euro, qui tutoie de nouveau ses sommets face au dollar.

Le paradoxe veut que l'on instruise le procès de la BCE et de son président alors même qu'ils suivent leur feuille de route à la lettre. Les rédacteurs du traité de Maastricht leur ont explicitement donné comme consigne de lutter coûte que coûte contre la hausse des prix. Ce dont ils se sont acquittés jusqu'ici avec application et détermination, acquérant au passage une crédibilité incontestable sur les marchés financiers. Rien dans les statuts de la BCE ne fait référence au soutien de la croissance, ce qui constitue peut-être, avec du recul, l'une des erreurs originelles du traité. C'est cette question que les Européens devraient aborder ensemble maintenant.

par Mourad Ghazli
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