Vendredi 27 juin 2008

  
Philippe Séguin : la charge des intérêts de la dette "réduit à néant nos marges de manoeuvre"

 


le premier président de la Cour des comptes n'a pas mâché ses mots : en présentant mercredi 25 juin le rapport sur les finances publiques préliminaire au débat d'orientation budgétaire du 10 juillet, Philippe Séguin s'est longuement attardé sur la position "tout à fait singulière" de la France en Europe et sur son incapacité à assainir ses comptes publics.

Quasiment pas endettée en 1980, "la France a connu plus de vingt-cinq années de déficit sans interruption (...). Cette situation a provoqué une montée inexorable de la dette publique. Aujourd'hui, en France, tout actif occupé a sur ses épaules un endettement de 47 000 euros, s'est-il inquiété. Or la dette a un prix, un prix immédiat, celui des intérêts colossaux que la France doit payer : plus de 50 milliards en 2007" et "elle aura un coût pour l'avenir".

La seule charge des intérêts de la dette, que la Cour des comptes estime plus proche de 65 % du PIB que des 63,9 % officiels, "représente 2 000 euros par an et par Français employé" et "réduit à néant nos marges de manoeuvre", a prévenu le premier président. Celui-ci a rappelé que les partenaires européens de la France "avaient fait ces dernières années les efforts d'ajustement nécessaires". "Notre pays ne peut s'isoler. Il est difficile de prétendre avoir quelque influence en Europe si nous n'en respectons pas certaines des règles les plus fondamentales", a martelé M. Séguin, à moins d'une semaine du début de la présidence française de l'Union.

Le déficit est "structurel" et un affaiblissement de la conjoncture risquerait de le refaire passer au-delà des 3 %, a-t-il dit. Soulignant le dynamisme et le poids de la dépense publique (plus de 52 % du PIB), M. Séguin a fait remarquer que sa progression en volume en 2007 avait "été supérieure à la moyenne constatée sur les dix dernières années".

La réduction du déficit public à 2,5 % du PIB en 2008, a-t-il relevé, repose sur une hypothèse "incertaine, pour ne pas dire davantage" de ralentissement des dépenses des collectivités locales. Si la croissance française ne remontait pas à 2,5 %-3 %, "le déficit serait encore de 1,2 % du PIB en 2012, cela même en supposant réalisé le freinage des dépenses", a-t-il prévenu.

M. Séguin a plaidé pour l'"amplification" des réformes structurelles. "L'économie nette attendue en 2012 de la révision générale des politiques publiques ne sera que de 6 milliards, alors même que pour respecter le programme de stabilité, il faudrait 46 milliards d'économies. Il faut aller beaucoup plus loin", a-t-il asséné. Jeudi, l'Insee a annoncé une nouvelle baisse du moral des ménages (- 4 points en juin), au plus bas depuis 1987.

par Mourad Ghazli
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