Jeudi 29 mai 2008



Le nouveau chef du gouvernement, en visite en France pour son premier déplacement à l'étranger, garde les rênes du pouvoir.

Vladimir Poutine a choisi Paris pour sa première grande visite à l'étranger en sa nouvelle qualité de chef du gouvernement. Accompagné de plusieurs ministres et de chefs d'entreprise, il rencontrera jeudi son homologue François Fillon avant de dîner avec le chef de l'État Nicolas Sarkozy. Ce rendez-vous vespéral à l'Élysée alimente les commentaires sur le tandem inédit Medvedev-Poutine qui dirige la Russie depuis trois semaines.

«Il ne faut pas tirer de ce dîner des conclusions sur l'équilibre du pouvoir russe, tempère un diplomate français, Poutine répond à l'invitation lancée par Sarkozy en septembre à Moscou» . Dans les deux capitales, on en tire néanmoins. «En principe, le président conduit la politique extérieure, rappelle Alexeï Venediktov, le rédacteur en chef de la radio Echo de Moscou, Mais Poutine veut garder une relation privilégiée avec les dirigeants du G8. Il a téléphoné au président Bush et le rencontrera pendant les JO de Pékin». «La période est cruciale pour la relation Union européenne-Russie», poursuit ce fin connaisseur des relations franco-russes. L'UE et la Russie doivent lancer le mois prochain, à la veille de la présidence française, les négociations, bloquées depuis près de deux ans par la Pologne puis la Lituanie, pour établir un nouveau partenariat stratégique. «Or, la question énergétique, au cœur de la relation UE-Russie, reste sous la responsabilité de Poutine», assure Venediktov.

«Pour nous, le chef c'est toujours Poutine», confiait récemment à l'AFP un haut responsable européen en visite à Moscou. Confirmation dans l'entourage de Bernard Kouchner qui a rencontré la semaine dernière le nouveau président russe : «Medvedev n'a même pas essayé de passer pour le patron.»

Le fait que Poutine garde les rênes ne gêne en rien les rapports bilatéraux. Alexeï Venediktov va jusqu'à qualifier la relation de Poutine avec Sarkozy (qui ne se sont vus que deux fois) d'«encore plus chaleureuse qu'avec Chirac». Au Kremlin, on apprécie quand Sarkozy qualifie de «parfaitement légitimes» les élections législatives russes de décembre. Et on boit du petit-lait lorsque Bernard Kouchner félicite Medvedev d'avoir été «magnifiquement élu».

 

Au Kremlin, les questions qui fâchent

 

En dépit de cette bonne entente, même si les échanges commerciaux (16,27 milliards de dollars en 2007) ont triplé en quatre ans, la France n'est que le huitième partenaire commercial de la Russie. La visite du premier ministre Poutine, accompagné du chef de l'agence atomique Rosatom ou encore des patrons de la banque publique VTB (actionnaire d'EADS) et d'Avtovaz (nouveau partenaire de Renault) vise à donner davantage d'ampleur à cette coopération. Rosatom est par exemple demandeur d'un partenariat avec Areva qui dépasserait les opérations conjointes actuelles. Nicolas Sarkozy avait évoqué favorablement un tel accord sur le nucléaire lors de sa visite à Moscou.

par Mourad Ghazli
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