Vendredi 16 mai 2008

 


Dans une démarche inhabituelle, le président plonge dans la campagne en critiquant les projets du candidat démocrate au Proche-Orient.

La flèche était inattendue de la part d'un président qui s'est gardé jusqu'ici de prendre position dans les primaires démocrates, et d'autant plus inhabituelle qu'elle a été tirée de l'étranger. De la tribune du Parlement israélien, jeudi, George W. Bush a lancé une attaque indirecte, mais à peine voilée, contre Barack Obama. «Certains semblent croire que nous devrions négocier avec les terroristes et les radicaux, a déclaré le président américain. Certains suggèrent que les États-Unis devraient simplement rompre leurs liens avec Israël et que tous nos problèmes au Proche-Orient disparaîtraient.»

Comparant cette posture avec celle des Munichois avant la Seconde Guerre mondiale, Bush a dénoncé «le confort illusoire de l'apaisement, qui a été constamment discrédité par l'histoire». La saillie a fait l'effet d'un pavé dans la mare électorale américaine. Le sénateur de l'Illinois n'est pas cité, mais il s'est senti visé. «Il est navrant de constater que le président Bush se sert d'un discours à l'occasion du 60e anniversaire d'Israël pour lancer une attaque politicienne infondée, a-t-il déclaré dans un communiqué. Bush sait que je n'ai jamais soutenu le dialogue avec les terroristes.» Son porte-parole, Robert Gibbs, est monté au créneau pour dénoncer «une attaque sans précédent lancée de l'étranger», d'autant plus «malheureuse» qu'elle émane du champion de «la diplomatie du cow-boy.» La porte-parole de la Maison-Blanche a balayé la polémique avec une pirouette : «Les candidats en campagne s'imaginent parfois que le monde tourne autour d'eux, mais en l'espèce, ce n'est pas vrai.»

 

«Une plaie constante»

 

La formule utilisée par le président fait pourtant une référence transparente à des positions controversées du sénateur de l'Illinois. Pour s'être déclaré ouvert à un dialogue direct avec le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et pour avoir été complimenté par un dirigeant du Hamas palestinien, Barack Obama se retrouve la cible d'attaques de ses concurrents et d'une insidieuse campagne de calomnie. John McCain, le prétendant républicain à la Maison-Blanche, a désigné son probable adversaire comme «le candidat préféré du Hamas», se présentant par contraste comme «le pire cauchemar» de cette organisation terroriste au regard de la loi américaine.

Des courriels circulent sur Internet présentant Obama comme un musulman qui aurait prêté serment sur le Coran et serait affilié au leader noir Louis Farrakhan, auteur de déclarations antisémites. De nombreux responsables de la communauté juive ont condamné ces rumeurs «ignominieuses», sans y mettre fin.

Dans son programme de politique étrangère, le candidat démocrate se prononce en faveur «d'une diplomatie présidentielle ferme et directe avec l'Iran, sans conditions préalables». Susan Rice, sa principale conseillère pour les affaires étrangères, souligne que «sans conditions préalables ne signifie pas sans préparations». Robert Gates, le secrétaire à la Défense de Bush, vient d'ailleurs d'appeler lui-même à «un dialogue utile» avec le régime de Téhéran. Sur Israël, Obama affirme son «soutien inébranlable» à l'État juif et reconnaît son «droit à l'autodéfense». Dans une interview ce mois-ci à l'hebdomadaire Atlantic Monthly, il qualifie le sionisme «d'idée juste et nécessaire» et évoque «l'affinité naturelle entre les communautés afro-américaine et juive». Mais il dénonce aussi le blocage du processus de paix comme «une plaie constante». Ses positions lui ont valu jusqu'ici d'être distancé par Hillary Clinton auprès de la communauté juive, traditionnellement démocrate. Or, en novembre, les électeurs juifs pourraient faire la différence dans des États très disputés comme la Floride ou la Pennsylvanie.

Par Mourad Ghazli
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