


Aussi difficile qu'un oral du bac. Aussi délicat qu'une traversée de l'Atlantique en solitaire. La prestation télévisée de Nicolas Sarkozy, ce soir, sur TF1 et France 2, ne va pas
seulement ponctuer la première année de présidence du chef de l'État. Elle doit, à entendre ministres, parlementaires et conseillers, redonner le moral à une majorité qui ne sait plus où elle va.
Avant même l'intervention du chef de l'État, François Fillon a donné hier le ton en indiquant qu'il souhaitait que Nicolas Sarkozy « redonne le cap sur les réformes qui doivent être
conduites»et fournisse « un travail d'explication sur les réformes en cours». «On attend une feuille de route pour les prochaines semaines, pour les prochains mois.»
Il est inhabituel qu'un chef du gouvernement mette ainsi les points sur les «i»juste avant une prestation télévisée du président. Proche des députés et sénateurs UMP, auprès desquels il jouit d'une popularité intacte, le premier ministre se fait le porte-parole d'une base parlementaire déboussolée par la succession d'annonces «brouillonnes». Sans compter la débâcle des élections municipales qui a laissé quarante-sept députés UMP au tapis. Ceux-là ont «le sentiment d'avoir été sanctionnés par la politique nationale plus que par leur action locale», selon François-Michel Gonnot, élu de l'Oise, battu à Noyon.
À l'unisson, les élus UMP, qui ne veulent pas de pause dans les réformes, demandent en revanche au chef de l'État de ne pas faire d'annonces ponctuelles nouvelles. «Le bombardement des annonces a troublé les Français. Il faut qu'il parle comme un président, pas comme un candidat prolongé», met en garde Claude Goasguen, élu de la capitale. «On veut qu'il donne du sens à notre action. On n'a pas besoin d'un catalogue de mesures», enchérit Jean Leonetti, premier vice-président du groupe UMP à l'Assemblée. «Cela ne sert à rien de faire des annonces nouvelles par bribes. Nous voulons qu'il retrouve le ton de la campagne présidentielle et donne une ligne à tenir par tous. Y compris les ministres», s'impatiente Alain Gest, élu de la Somme, qui souhaite aussi que Nicolas Sarkozy reconnaisse qu'il «a pu commettre des erreurs d'appréciation».
Les députés villepinistes, eux, s'interrogent sur la méthode Sarkozy : «Ma crainte est celle d'un volontarisme solitaire», s'inquiète Hervé Mariton. Son collègue Georges Tron veut entendre «tout sauf un discours du style “ J'ai raison contre le monde et contre tous”».
Mis sous pression par les députés, Nicolas Sarkozy a déjà fait savoir qu'il entendait «continuer»les réformes au même rythme. «J'ai connu une autre époque où l'on faisait une réforme par an et on s'arrêtait à la première», a-t-il lancé hier devant ses ministres, en guise de réponse à Jean-Pierre Raffarin qui s'inquiète de l'embouteillage du calendrier. Mais plus que l'inquiétude des parlementaires, c'est à à la grogne des Français qu'il doit répondre ce soir. Des Français qui le boudent, selon toutes les enquêtes d'opinion. Il perd encore deux points en avril et son premier ministre trois dans le baromètre mensuel CSA-Valeurs actuelles. Seuls 28 % des Français jugent que l'action du chef de l'État va «plutôt dans le bon sens».
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