Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /Avr /2008 08:24

   
Chassé du pouvoir en 2006, le chef de file de la droite à la personnalité controversée a réussi son retour.

Silvio Berlusconi n'a pas changé. Après une campagne en demi-teinte, le naturel du Cavaliere est revenu au galop dans la dernière ligne droite. Le chef de file de la droite a promis des «tests mentaux aux juges», a traité son adversaire de «communiste» et précisé, pour amuser la galerie, qu'il est «plus grand que Sarkozy et Poutine». Silvio Berlusconi ­reste, en dépit de son expérience du pouvoir, une personnalité hors norme, excessive et farfelue. Sa défaite aux élections législa­tives d'avril 2006 aurait pu sonner pour lui l'heure de la retraite. Elle lui a donné le goût de la revanche.

Insubmersible, Silvio Berlusconi a survécu aux magistrats, à de piètres résultats économiques, au pilonnage de la gauche et même au ridicule. Il revient aujourd'hui grâce à sa pugnacité mais aussi à la faveur d'une domination sans partage sur la droite. Berlusconi n'a pas de dauphin dans son propre camp. Gianfranco Fini se contente d'un second rôle et Pier Ferdinando Casini fait désormais bande à part à la tête du petit parti centriste, l'UDC.

Seul maître à bord, il a compris que, s'il voulait à nouveau gagner, il devait, cette fois, cesser de promettre la lune. Modeste, il prévoit des «mesures impopulaires» pour sortir le pays du marasme. On le dit usé. Son rival, Veltroni, insiste sur son âge, mais son opiniâtreté et son énergie sont intactes. Il séduit toujours les foules qui s'identifient à lui ou les téléspectateurs volatils conquis par ses mots simples. Le milliardaire est combatif comme au premier jour, ce 26 janvier 1994, date de l'entrée en politique du patron de la «Cinque», la télé des paillettes et des divertissements.

Le pays vient d'être dévasté par un tremblement de terre judiciaire. L'opération «Mains propres» a emporté sur son passage la Démocratie chrétienne et le Parti socialiste de Bettino Craxi, le protecteur du magnat des médias. Il Cavaliere se présente en dernier rempart contre l'ex-Parti communiste. Son engagement semble sincère, mais il n'est pas dénué d'arrière-pensées. Entré depuis peu dans la ligne de mire des magistrats, il est déterminé à sauver son empire, taillé dans l'immobilier, la grande distribution, les assurances, les médias et l'édition. L'homme aux abois symbolise alors la réussite clinquante de l'Italie du Nord. Celle d'un bâtisseur parti de peu pour devenir la première fortune italienne.

 

Marketing politique

 

En mars 1994, l'électorat porte ce novice, dénué de culture politique, à la présidence du Conseil. Des manifestations de rue et le lâchage de son allié de la Ligue du Nord l'obligent à démissionner au bout de six mois. Ce n'est que partie remise. Durant sa traversée du désert, le magnat des médias au sourire carnassier poursuit sa révolution de la communication politique. Ses instituts de sondage et ses agences de marketing prennent le pouls de la société pour répondre aux attentes en ciblant les messages par segments de population. Après avoir durant toute sa carrière vendu des produits, Berlusconi se vend. Et ça marche plutôt bien.

Berlusconi revient au pouvoir en 2001 avec une large majorité. Bronzé, souriant, tiré à quatre épingles, il organise des fêtes pour la jet-set dans sa villa de vacances. Berlusconi promet la prospérité économique au plus grand nombre, des baisses d'impôt, du travail, mais la conjoncture est mauvaise. La croissance stagne, les déficits enflent. Les réformes s'enlisent. Soucieux de ses intérêts, il impose une série de lois sur mesure qui l'exonèrent de poursuites judiciaires. Atlantiste, il aligne sa politique étrangère sur celle des États-Unis. Les troupes italiennes participent au fiasco irakien.

À l'étranger, ses gaffes passent mal : il traite un député allemand du Parlement européen de kapo de camp nazi et se dit convaincu, au lendemain du 11 Septembre, de la supériorité de la civilisation occidentale.

Par Mourad Ghazli
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